Mimo Script Art / Mimo

La mimolangue : écrire pour faire du son

La mimolangue ne cherche pas à remplacer une langue par une autre. Elle ne propose ni un nouveau référencement des mots, ni un code qu’il suffirait de déchiffrer. Elle travaille dans l’entre-deux (dans l’antre-jambe). Elle se situe entre le mot entendu et le mot reconnu, entre une phrase possible et une autre probable qui se dérobe au moment où l’on croit l’avoir comprise.

Ici, on lit d’abord avec l’oreille. Une syllabe en appelle une autre. Une sonorité fait écho à d’autres mots, parfois enfouis dans une expression familière, un nom, souvent une langue étrangère. « Mère abat. Arcad’ache. L’art né y’a peu. » Le sens apparaît peut-être puis s’estompe, se travestit. Ce qui a été reconnu brièvement n’était peut-être qu’un mirage sonore. Le lecteur croit tenir une clé qui lui échappe et se retrouve devant une porte ouverte sur un mur plein. Le champ de l’expérience.

La mimolangue n’a pas à être comprise. Il suffit que le lecteur soit surpris avant qu’il ait pu conclure. Une gêne, un rire, un agacement… Le sens est devenu la trace. Le mot n’est plus seulement chargé d’éclairer. Il devient matière sonore, rythme, choc.

Dans cette écriture, le langage est poisseux. Il se mâche, se répète, se déforme. Les mots se contaminent, ne sont jamais là où on croit qu’ils sont.
Une autre phrase apparaît sous la phrase visible. Le lecteur ne sait plus s’il entend ce qui est écrit ou s’il écrit mentalement ce qu’il entend. Il devient, malgré lui, le moment où l’œuvre se produit.

La mimolangue ne repose donc pas sur le jeu de mots comme s’il s’agissait d’une devinette à résoudre. L’homophonie et le calembour peuvent y ouvrir des passages, mais ils ne sont pas la destination. Ce qui compte, c’est le trouble laissé par ces passages : l’impression d’avoir découvert une signification, puis de la voir se dérober. Le sens n’est pas simplement caché derrière le texte ; il apparaît et disparaît dans l’acte même de lire.

Lorsqu’elle s’exprime dans un tableau, la mimolangue change encore de statut. Elle devient geste plastique. La répétition, la taille des lettres, la couleur, les chevauchements et les ruptures font entendre le texte autant qu’ils le donnent à voir.

L’écriture n’accompagne pas l’image : elle prend sa place, occupe la toile, impose son rythme. Le tableau ne raconte pas une histoire que l’on pourrait résumer. Il expose une parole qui déborde.

On peut alors entrer dans l’œuvre par plusieurs chemins : écouter, lire, buter, inventer une interprétation, la perdre. Aucun n’est obligatoire. Même et surtout celui qui ne comprend pas peut être atteint (à condition que la forme produise une présence, une tension, une secousse).

La mimolangue ne garantit pas l’impact ; elle en construit les conditions, par la densité du son, l’instabilité des associations et la force visuelle de l’écriture.

Elle rappelle ainsi que parler n’est jamais vraiment transmettre. Entre celui qui émet et celui qui reçoit, il y a toujours un écart vertigineux où les mots se transforment. La mimolangue ne cherche pas à combler cet écart. Au contraire, elle l’agrandit, le rend visible, le fait résonner. Et c’est dans cette brèche que le langage se met à bouillonner.

« Ma chance est de ne savoir ni peindre ni dessiner.
Je suis donc obligée de tout inventer. »
Mimo Script Art
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.